jeudi 2 juin 2016

Deborah Bowmann _ Ashtrays n°20 to 22

Une exposition Deborah Bowmann
28.04.16 - 28.05.16
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau 






Ashtrays № 20 to 22 from Fabian contemporary home on Vimeo.











Faites moi un cendrier
Pas tant utile
Je parle d’un cendrier
Une poubelle de fumeur
Je n’ai pas le goût des souvenirs 

J’aimerais qu’on prenne garde 
À l’entreprise
La compagnie
Il faut qu’il soit nécessaire 

Central de fumer
Comme dans le temps
Comme au pacifique
Fais moi un cendrier
Faites moi des cendriers
Vous êtes artistes non ?
Je passe commande
Allons
On ne va pas fumer à la fenêtre 

Il fait si froid
Allez à l’ouvrage
Et que prospère la compagnie. 

Ce n’est pas la première fois que Deborah Bowmann réalise des cendriers. Détenir un cendrier signé Deborah Bowmann c’est s’assurer du savoir-faire reconnu d’une société présente depuis 2014 dans le secteur des sculptures pour appartements entre autre, et dont la réputation n’est plus à faire. Experts dans le domaine, ils proposent aujourd’hui une gamme plus étendue de leurs modèles de cendriers, faits sur-mesure, s’accordant avec justesse et harmonie à l’esthétique de l’appartement Fabian. Désignés par Deborah Bowmann, les cendriers sont des objets de luxe. De véritables bijoux, coloris gris. Dans sa version standardisé, le cendrier à usage domestique, généralement mobile et décoratif est un récipient destiné à recevoir les cendres du tabac. Deborah Bowmann propose ici trois Ashtrays pour trois usages différents (adaptés au bureau, au salon, et à la cuisine), comme trois variations d’une même mélodie. Deborah Bowmann, synonyme de produits de qualité élaborés dans le cadre d’une recherche esthétique sans commune mesure. Inutile de rassurer le consommateur concernant la fiabilité et la longue vie du cendrier, les matériaux employés étant spécialement conçus pour résister à la chaleur de la cigarette. En toute assurance, le fumeur peut négligemment laisser sa clope griller sur le rebord. Il y a des produits qui nous changent tellement la vie que l’on se demande pourquoi on ne les a pas inventé plus tôt. C’est le cas des Ashtrays n°20 to 22. Une véritable révolution dans le milieu des cendriers : laisser de côté ses habitudes, et cendrer dans une simili maquette architecturale. Il n’y a que Deborah Bowmann pour arriver à un tel résultat. Difficile de faire plus moderne. Il y a chez ces génies du design une approche toujours ludique, très technique et également novatrice. Des Ashtrays comme des «mini architectures pour paysages domestiques». Implantés dans un décors domestique, ces constructions dressent une série de sublimes tableaux : des mini-villa avec vue à couper le souffle sur le salon Fabian. Détenir un cendrier est une mode, un geste social et un moyen d’intégrer la société. C’est le produit que l’on achète pour affirmer une attitude ou tout simplement pour se faire du bien. Que l’on soit fumeur ou non, posséder un cendrier Deborah Bowmann permet de faire remarquer son allure distinguée. En un clin d’œil, recréez chez vous une atmosphère raffinée grâce aux cendriers Deborah Bowmann. Il est si facile d’afficher son style avec les Ashtrays n°20 to 22. Réalisation hors pair. Sophistication des formes. Nous pouvons parler de perfection. 

Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau 

Design Deborah Bowmann, plusieurs dimensions, prix sur demande.
les conceptions
Ashtrays 20, 21 et 22, sont propriétés de Fabian Home. Pour commande personnelle d’autre produits de la gamme, contacter directement Deborah Bowmann. Deborah Bowmann : Ambiguité perpétuelle entre sculptures promotionnelles marquées et oeuvres d’art signées (exemplaires uniques d’une gamme de produits bien plus vaste). 


everything is for smell


une exposition Fabian Home Contemporary
par Ludovic Beillard et Coraline Guilbeau  

In Heat Company - After Howl Studio

Fabian présente everything is for smell dans un espace conquis par Horrible Bise, curaté par Deborah Bowmann, et où Fabian entends bien défendre sa couleur.

Ici, tout est différent. Ici, Fabian ne présente personne d’autre que Fabian. Fabian by Fabian en somme.

Heat Company sur Art Viewer




Lui là, c’est le plus sensible. Le plus intime aussi;
Si il nous émeut, c’est parce qu’on l’a déjà senti.
Il cherche à faire éclater les facettes.
Il n’est pas conventionnel. C’est un insaisissable au caractère affirmé, un impertinent libre d’esprit et indépendant.

Une peau animale, une attitude câline, une fièvre, à mi-chemin entre le cœur et la raison,
une odeur de poulet,
une charmante compagnie.

Une fumée.
Capiteuse,
audacieuse,
ardente,
chaude,
distinguée,
délicate,
éclatante,
enveloppante,
arrondie,
cuirée,
insidieuse,
nuancée,
ambrée,
boisée,
résineuse,
fruitée, autre que citron, brûlée,

enfumée,
fauve,
riche de promesses,
caressante et musquée,
mettant davantage l’eau à la bouche.


D’où ce sentiment de bien-être et de protection quand elles font corps avec la peau et nous enveloppent d’une invisible bulle.
Fabian Home Contemporary est un projet curatorial à mi-chemin entre espace d’exposition et collection d’art contemporain, ayant débutée sur une étagère. Chaque mois, Fabian passe commande à un artiste d’une œuvre pour son appartement. 

Ici tout est différent. Ici Fabian ne présentera personne d’autre que Fabian. Fabian by Fabian, for us by us, en somme. C’est ainsi que Fabian a répondu à l’appel d'After Howl et présente everything is for smell dans cet espace conquis par Horrible Bise, curaté par Deborah Bowmann, mais où Fabian entends bien défendre sa couleur.

Nous avons laissé les garçons s’installer, nous les avons laissés marquer leur territoire, au sens propre comme au figuré, nous les avons plus ou moins dédaignés, puis, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait comme une certaine attirance pour ce groupe de rock qui n’en est pas un, pour ces trois perruques blondes. 

L’odeur d’urine, l’attrait de Fabian pour le design personnalisé, l’excentricité rock, l’image publicitaire d’Horrible Bise, et les étagères, il ne sera pas question d’autre chose que de cela.

Fabian vous offre ce bouquet unique : étagère, odeur et surtout couleur. Tout nous ramène donc à la maison puisque c’est là que l’on se sent le mieux. On le sait bien, les punks peuvent bien prôner la révolution, il n’en reste pas moins qu’elle ne commencera pas demain, ni hier, le changement commence ici maintenant. 


Le changement commence à la maison comme le dit le slogan de Fabian, Change begins at home ! 

Alors, nous allons dévisser les étagères et les ramener à la maison. Ces étagères mauves qui ne tiennent plus bien droit, qui ne ressemblent plus à grande chose. 

On ne sort pas indemne du passage d’Horrible Bise. 


Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau

vendredi 11 mars 2016

Cyril Debon_Pots and pans all spick and span

Une exposition de Cyril Debon
11.03.16 - 31.03.16
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau  













































Pots and pans all spick and span from Fabian contemporary home on Vimeo.



Pots and pans all spick and span sur facebook





















Chaque année, au mois d’août, les parents de Sophie s’offrent deux semaines de retraite dans leur maison de campagne en Dordogne. Des semaines pendant lesquelles la ville où ils vivent le reste de l’année laisse oublier sa perversion et son rythme haletant au profit du calme maternel de la nature. Les journées sont longues, et les parents de Sophie, dans une insouciance typiquement estivale, laissent à leur petite fille de huit ans la liberté d’évacuer toute l’énergie caractéristique des enfants de cet âge. Elle court, elle chante, elle joue avec les animaux. Caresser les poules, lancer la balle des chiens. Il arrive qu’une coccinelle vienne se poser sur son doigt pour y faire sa toilette, et d’autres fois elle reste simplement assise dans les champs de fleurs, à regarder les papillons se lécher les couilles. 
Sur le papier, on peut très bien vivre dans la déviance sans emmerder personne. Si on aime renifler l’odeur de son cul, et du moment où on ne force personne à la partager, il n’y a pas, à priori, de raisons valables pour qu’on nous contraigne à en arrêter la pratique. Cela dit les bien-pensants se font toujours un combat personnel de vouloir ramener à la normalité quiconque aurait l’indécence d’avoir des envies qui s’en éloignent. C’est par exemple le cas chez les papillons à grosses couilles. 
Cette espèce de papillons, découverte en mille huit cent quarante- quatre par l’entomologiste Jean-Henri Farte, a mis au point une technique bien particulière pour se nourrir, basée en grande partie sur les échanges entre les membres de l’espèce. Chaque individu passe ses journées à chercher des sources de nutriments sur lesquelles il ira poser ses grosses couilles. Par effet de capillarité, ces nutriments seront absorbés par les poils de couilles où ils resteront stockés, à la manière d’un garde-manger. Lorsqu’un spécimen désire se nourrir, il doit aller à la rencontre d’un autre individu, et lui prélever ces nutriments par le biais de sa langue, dotée d’un grand nombre de terminaisons nerveuses grâce auxquelles, en sus de la nourriture contenue, il récoltera chimiquement des informations précises et propres à l’individu dont il est en train de lécher les grosses couilles (de la même façon que les chiens s’identifient à l’odeur). Ces échanges d’informations jouent un rôle primordial dans le développement de l’aspect social de cette espèce, chez laquelle on a pu observer la présence de liens d’amitiés entre plusieurs spécimens. 
Mais Abraham était différent des autres, il le savait depuis longtemps. Très conscient de son devoir civique, il posait ses couilles partout où il le pouvait avec la plus grande rigueur. Pour s’assurer que tous ceux qui viendraient le lécher repartent rassasiés. Mais lui, de son côté, n’avait jamais beaucoup apprécié devoir lécher des grosses couilles quand il avait faim. Un jour, avec beaucoup de honte, il avait découvert combien il préférait le parfum des fleurs à celui des testicules de ses congénères. Il avait peu à peu abandonné une pratique au détriment de l’autre, et ce en le cachant du mieux qu’il le pouvait. 
« - Eh bien Abraham ? Tu as perdu l’appétit ? Tu nous ferais pas une dépression ? »
On s’inquiétait de ne jamais le voir lécher de couilles.Très sérieux dans sa collecte de nutriments, il était rapidement devenu populaire au sein de sa communauté. Beaucoup de papillons le connaissaient, et savaient à quel point on se régalait en allant déjeuner entre ses pattes. Ses phéromones étaient connues de tous. À l’inverse, Abraham demeurait enfermé dans sa solitude en ne léchant les couilles de personne. Il voyait tous ces papillons voleter de toute part, mais n’en connaissait aucun. Il n’avait que les fleurs en guise de compagnie, elles qui restaient si désespérément muettes à ses tentatives de dialogues. Il était déjà très malheureux le jour où Sophie lui arracha les ailes dans un élan destructeur caractéristique des enfants de huit ans. 

CI-CONTRE
- Abraham se délecte d’une tulipe en prenant soin d’être caché de tous.
- Gravure biblique mettant en scène la double vie d’Abraham
- Abraham déflore pour la première fois
- Abraham subit les tentations florales pour la première fois, bien avant qu’il n’y cède définitivement
- Abraham parmi toutes ses conquêtes, lesquelles ignorent tout de lui - Abraham dans la luxure
- Abraham langoureux 


Hector Latrille



Depuis toujours, quand Fabian arrive à son domicile, les clefs sont jetées sur le comptoir, ou glissées au fond d’une poche. Partir devenait compliqué, impossible de remettre la main sur celles-ci. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, Cyril Debon a conçu pour Fabian un accroche-clef mural. 

Pas de quoi s’enthousiasmer outre mesure cela dit. À l’image de toute la démarche artistique de Cyril Debon, cet accroche-clef mural ne remporte pas la palme de l’intérêt. Une oeuvre à l’image de son innocence et de sa bêtise. 

L’exposition Pots and pans all spick and span présente ainsi l’accroche-clef mural en question et une série de propositions réalisées en déclinaison de la commande passée. 

Les clefs de Fabian seront désormais suspendues à un crochet fixé sur un support rectangulaire en résine. Sur ce même support, on trouve scellés deux porte-savons rotatifs (assortis de ces somptueux savons jaunes odeur citron), ainsi que l’empreinte d’une petite grenouille. S’ajoute à cela une sculpture composée des mêmes matériaux que celle de l’accroche-clef : rectangle de résine (sur lequel est peint une scène caractéristique des images que l’on retrouve dans la peinture de Cyril) et un porte savon. L’exposition présente également une série de papiers de chine tendus, imprimés d’un motif de papillons peints. Enfin, Hector Latrille propose un texte écrit suite à l’envoi que Cyril lui a fait des dessins préparatoires pour les peintures représentant un nuage de papillons. 

Ainsi, tout semble s’être construit sur un enchaînement logique de formes, permettant de produire des échos entre elles. Cet accroche-clef mural est, nous l’avons vu, composé d’un porte savon et de l’empreinte d’une grenouille (batracien que l’on peut retrouver ponctuellement dans les peintures de Cyril, bien souvent personnifiés). Dans le clip Love is all tiré de l’album The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast, c’est bien une grenouille qui joue le rôle du ménestrel, incitant en musique les autres animaux à le rejoindre. C’est avec une certaine évidence que le motif du papillon s’est présenté à Cyril comme une forme à étudier, devenant dès lors, le motif principal de ces peintures suspendues, puis le héros d’une histoire écrite par Hector Latrille. Logique encore, le dernier porte-savon restant inutilisé, il s’est retrouvé sur la sculpture pour salle de bain. 

Dans les peintures de Cyril, beaucoup de personnages (que ce soit des amis représentés ou des autoportraits) apparaissent «en situation» (Facebook gurlz, Teddy Coste au Japon, etc.). Dans Have you ever had a dream? (2013) et No David, they are not (2013), les peintures sont mêmes augmentées d’un mécanisme technologique permettant de les animer (balaiement du regard et tablette tactile opérative). La plastique des corps y est bien souvent sur- valorisée, exagérée, la musculature particulièrement développée, comme si la tête de ses personnages avait glissée sur des corps ne leur correspondant pas. Voir à ce propos Gaillard oversized (2013) ou You’re beautiful when you don’t talk (2014). C’est potache, on n'y croit pas un seul instant. 

Candide, Cyril Debon semble chercher un apprentissage superficiel de la jouissance (ce qui excite la convoitise, le désir amoureux, la concupiscence charnelle) avec une telle innocence que cela en deviendrait presque attendrissant. 

Sa naïveté enfantine le conduit à concevoir des ramettes de papier dont le quadrillage a priori normé est ici désaxé du modèle standard, incitant l’écolier à écrire de biais (Papier canaille, 2014). 

Encore une fois, rien d’étonnant à ce qu’il se soit spontanément tourné vers un porte-savon classique des écoles ou des collectivités. Qui plus est, aujourd’hui, le savon mural rotatif revient en force, et c’est d’un sacré chic que d’en installer un dans sa salle de bains.
«Faire rouler le savon sur vos mains mouillées, frotter les jusqu’à obtention d’une mousse, puis rincer avec de l’eau claire.»
Nous l’avons compris, si connotation sexuelle il n’y a pas, Cyril Debon ne s’y arrêtera pas. 

Filant cette logique élémentaire et ingénue, il en vient à concevoir en 2014 des Pochettes surprises (toiles enroulées en forme de cornet contenant une série d’oeuvres authentiques d’artistes divers), les pièces artistiques devenant des «surprises» découvertes après l’ acquisition du support qui les contient. 

Sur ses pochettes surprises, les personnages (qui pourraient être issus de l’univers du contes de fée) que Cyril représente, s’affichent dans des scènes stéréotypées qualifiées de «romantiques» (mais nous préférerons le qualificatif de mièvre) et poussées à l’excès dans le cliché. 

La «sculpture pour salle de bain» comme il l’appelle, en est un parfait exemple : une femme caresse la jambe nue de l’homme-étalon dans son dos qui, regard au loin, affiche un air imperceptible et déterminé. Tous les personnages de Cyril posent, comme s’ils avaient déjà conscience de l’image qui sera renvoyée d’eux une fois la toile peinte. 

Les personnages peints ont-ils conscience de la niaiserie de leur représentation ? Chacun d’eux faisant bien souvent l’étalage d’une de leurs qualités pour se faire valoir et attirer l’attention sur eux-même. (Gaillard oversized (2013) ou You’re beautiful when you don’t talk (2014)). 

The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast est le titre d’un album produit par Roger Glover en 1974. La chanson Love Is All, de par sa récupération médiatique à différents niveaux et sur différentes périodes de temps l’a transformé en un tube universel et intemporel. Selon toute vraisemblance, l’enfance de Cyril a été fortement marqué par ce clip animé et cet album puisqu’il en garde des stigmates profondes aujourd’hui, perceptible dans le choix de ce titre d’exposition. 

Le titre de l’exposition reprends en réalité les premiers vers de la chanson Saffron Dormouse and Lizzy Bee, troisième titre de l’album The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast

Dans le clip animé Love is all, divers animaux se rassemblent dans une parade joyeuse et hétéroclite, tous emportés par la musique entrainante, dans une fièvre à caractère humaniste. Historiquement (au XVIIIe), dans l’art dramatique plus particulièrement, la parade désignait une courte pièce, à caractère grossier, adressé à un public restreint. Un siècle plus tard, elle fut comprise comme l’expression désignant une pièce plus que médiocre : ratée. 

Question blague superficielles et premier degré, Cyril excelle en la matière : sur la grande toile suspendue, la jolie fleur joue la timorée comprenant qu’elle va se faire chatouiller par la horde de «papillons à grosses couilles» qui l’entoure. Sans doute est-elle à comprendre une fois de plus, comme l’image de la cérémonie précédant l’accouplement. 

Tendre ? Mignon ? Puéril. 

Avec les oeuvres de Cyril Debon, on ne peut que être déçu, il serait bien illusoire de s’attendre à mieux de sa part. Dans une installation-performance datée de 2014, Cyril Debon demanda à Hector Latrille de tenir une permanence dans l’Hôtel du Pavillon de Bordeaux et de rédiger à cette occasion un texte (texte écrit sur le fameux Papier Canaille). 

Cette expérience est plus ou moins reconduite, à des degrés divers pour l’exposition Pots and pans all spick and span, puisque Hector Latrille a été invité par Fabian a rédiger un texte poétique sur une manière d’entrer dans les toiles de Cyril. 

Par une anodine conversation avec Cyril, on mesure assez rapidement à quel point ses idées sont bancales, maladroites et puériles; la suffisance visuelle ayant remplacé l’étude des enjeux que ses formes proposent. 

Cyril est fragile. C’est un être sensible. Il à l’air d’être particulièrement affecté par le regard que l’on va pouvoir porter sur son travail.
On ne peut que regretter le fait que ces formes proposées, séduisantes au prime abord ne soient que la représentation simpliste de sentiments et rapports humains plus complexes. Cette nouvelle installation révèle de manière évidente l’incapacité de Cyril Debon à déterminer sa position au vu du champ exploré et son absence de réflexions nouvelles à apporter sur le sujet. 

Loin d’être convaincu par tant de bêtise, le spectateur pourra malgré tout apprécier le cadre agréable qu’est l’appartement Fabian, s’enrichissant chaque mois par ses dernières acquisitions, et offrant par ailleurs, une vue imprenable sur le quartier Saint-Boniface. 

Cyril Debon semble chercher à comprendre le sens de ses réalisations. Ça tombe bien, nous aussi. Aujourd’hui, il doit se sentir bien seul. Et bien, nous ne chercherons pas à le secourir de ce naufrage dans lequel il semble se complaire.


Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau

samedi 30 janvier 2016

Julien Journoux _ Julien Journoux chez Fabian

Une exposition de Julien Journoux
29.01.16 - 03.03.16
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau  


JULIEN JOURNOUX CHEZ FABIAN from Fabian contemporary home on Vimeo.











On a demandé à Julien de faire une lampe.

Ce n’est pas tout à fait vrai, on lui a demandé une lampe et une danse. La lampe c’est l’objet que Fabian avait commandé à l’artiste comme chaque mois cette saison. La danse c’est purement personnel, la danse c’est Julien, et la danse elle aurait suffit comme exposition si chez Fabian on avait pas besoin d’objets.

Julien Journoux, une danse qui dépasse le rythme, une envolée, un excès de grâce, quelque chose qui termine mal à coup sur. L’assistance n’était pas préparé, l’assistance n’est jamais prête a recevoir la danse et le rythme n’est qu’un lointain souvenir.
Ne me parle pas de chorégraphie, je te parle de danse. 

À deux semaines de l’exposition, Julien n’avait fournit ni lampe, ni danse. On s’est inquiété, on s’est même dit qu’on allait annuler, que ça n’avait pas de sens. C’est alors qu’on reçu un mot dans la boite au lettre de Fabian, un mot qui nous narguait mais qui n’expliquait rien, puis un deuxième, un troisième, une dizaine, toujours pas de lampe... J’ai appelé Julien en insistant, j’avais besoin d’une lampe pour la cuisine. Il a répondu que la lampe c’était ces mots.
Je me suis retrouvé comme un con, Julien avait contourné la règle.
Je l’ai rappelé à nouveau et j’ai tenté d’insister du côté de la danse cette fois ci. Si julien ne voulait pas produire de lampe alors il voudrait surement danser, on allait pas seulement imprimer ces mots sur des feuilles de papier et dire que c’était une danse, et dire que c’était une lampe.

Danse, danse à nouveau comme tu l’as fait il y a un an au milieu du salon, danse encore, captive l’attention des cuisiniers de l’Ultime Atome, arrête les passants de ton pas. Danse encore mon beau, danse encore pour moi. Julien a continué a m’envoyer ces mots, une cinquantaine. Il m’a dit qu’il ne viendrait pas danser, qu’il fallait que je fasse avec ses exigences aussi. À quelques jours de l’exposition, j’ai reçu sur ma boite mail personnelle une vidéo où l’on pouvait voir Julien danser dans son appartement. 

Depuis, je tente d’apprendre les pas pour vous faire cette danse. Aucune danse ne suffira à vous livrer Julien Journoux.

Une fête de trois jours ça se prépare à l’avance. 

L’exposition Julien Journoux chez Fabian s’articule sur plusieurs niveaux et présente à cet égard une collection de diapositives projetées sur l’une des fenêtre de l’appartement, couplée à une danse. 

Pour la première fois, chez Fabian, pour célébrer l’arrivée de la nouvelle acquisition de la collection, les règles changent. Le rdv que nous promet Julien Journoux a affaire avec l’idée d’une expérience.

Lors de l’exposition, il y aura tout autant à voir à l’intérieur qu’à l’extérieur (si ce n’est plus) de l’appartement Fabian.
Depuis l’extérieur, sur la fenêtre qui porte habituellement le nom de l’artiste exposant pour le mois, sera projeté par diapositives, les cinquante messages reçus ces derniers jours. Ces messages adressés personnellement à Fabian se destinent dès lors à l’ensemble du quartier. 

Seuls, l’un après l’autre, les spectateurs entreront dans l’appartement comme on passe de la salle de cinéma à la cabine de projection, pour découvrir le temps d’une minute dans la pénombre de l’appartement, l’interprétation dansée de l’une des phrases projetées.
C’est certain, danser seul dans son appartement peut assez vite mener à l’élaboration de mouvements s’apparentant au culturisme ou au fitness, activité domestique hautement dynamique s’il en est. 

Les fragments de phrases projetées ne sont pas à comprendre comme des énoncés, mais comme la collecte d’expressions glanées ces derniers jours au hasard de lectures, prélevées à la volées, parfois plus confidentielles, et bien souvent révélatrices d’une relation amicale forte entretenue entre Julien et son ami. 

Avec Julien Journoux, il est toujours question, au prime abord d’un rapport particulier à l’autre : l’autre à qui il décide de s’adresser, l’autre avec qui il tache d’entretenir un lien, l’autre à travers duquel il parvient à éprouver la relation, comme un rapport entre deux tonalités. 

Dans Le différant en question (2012) par exemple, Julien et son ami Thomas sont assis l’un en face de l’autre, aux extrémités d’une balançoire à bascule. Pour conserver l’équilibre de leur position, ils doivent à tour de rôle s’avancer ou s’éloigner l’un de l’autre. La performance s’achevant par l’épuisement de leur capacité de résistance. 
 
À plusieurs reprises, Julien s’est intéressé aux possibles de ses relations affectives par le biais des divers moyens de communications mis à sa disposition. Pour l’exemple, séparé de son amie Leslie par plusieurs km durant quelques mois, ils se sont échangés une soixantaine de lettres, à raison d’un envoi par jour (par réseau postal). Y est lisible alors l’interrogation des deux auteurs sur l’impact que peut avoir un pareil éloignement dans le maintien d’une relation, sur la possibilité de la nourrir, éventuellement de la rendre plus précieuse (Eugraphie, 2012). 

Julien Journoux s’en explique pour cela avec justesse :
« Cette relation qu’entretient l’homme à son semblable m’apparaît fondamentale. La relation d’amitié s’érige dans l’expérience de l’altérité, de l’être face à un autre, ce qui se crée dans cet intervalle n’est relatif qu’à ces deux êtres. Nous main-tenons cette affection mutuelle en cultivant cette intervalle, cet espace entre soi et l’ami. Au-delà de questions de générosité mutuelle ou du soin que l’on apporte à ses amis, je mets le langage au centre de leur connexion et l’habitude à dialoguer ensemble comme moyen d’élaboration de la structure amicale. La question de ce qui se produit dans l’entre, dans l’intervalle de la relation, est le lieu privilégié de mon raisonnement car c’est dans l’intervalle qu’apparaissent les connexions.» 

Pour suivre sur cette même logique, Temp(s) (2011-2012) est un bel exemple de défrichement et d’exploration de cet espace rencontré à deux dans l’intervalle. Cette édition consiste en la retranscription minutieuse de tous les sms que Ludovic et Julien se sont envoyés le temps d’un été, chaque matin, à propos du temps qu’il faisait au moment où ils arrivaient sur leur lieu de travail. Parler du temps qu’il fait peut s’avérer superficiel, mais c’est communément ce vers quoi on s’incline naturellement pour entamer une discussion. Pour Bye-bye (2013), il réalise trois cartes postales quasi identiques (la mention «bye-bye» déposée sur la photographie d’un ciel) qu’il distribue à trois de ses amis partant pour le Pérou. Les a t-il finalement reçues ? Leurs contenu l’a t-il satisfait, dérangé, déçu ? Nous n’en saurons rien. 

Julien Journoux est adepte des formes protocolaires. Depuis deux années déjà, chaque 18 mars, il sollicite l’ensemble des contacts de son répertoire téléphonique par un bref sms, les invitant à transmettre la photographie du ciel au moment et à l’endroit où ils se trouvent, en guise de cadeau d’anniversaire. Julien collecte ensuite les ciels reçus ce jour là, un geste lui permettant sans doute de restreindre la distance physique qui le sépare de ces autres auquel il tient. S’il est si attaché à l’ambiance climatique c’est parce qu’il a pleinement conscience que l’environnement qui nous entoure, quel qu’il soit, affecte considérablement nos expériences sensibles.

Amoureux des formes conceptuelles, de l’idée d’un retrait ou d’une soustraction plutôt que d’un ajout, les œuvres de Journoux ont ceci de commun que leur force et leur poésie se déploie dans quelque chose de ténu, sans doute proche de ce que l’on entends par infra-mince

Figure emblématique du retrait s’il en est, Bartleby a longtemps été objet de fascination pour Julien Journoux. En 2013, Julien prends sa plume et recopie mot après mot l’intégralité de la nouvelle de Melville, directement sur le livre de poche qu’il possède, après avoir au préalable effacé au Tipp-Ex l’original (Bartleby sur lui-même, 2013-2014). 

Là encore, il explique que cette posture d’effacement et de résistance (aux règles imposées) trouve sa pleine puissance dans cette intervalle animée par les amis :
« (...) l’amitié, cet espace que je désire voir comme l’espace le plus créateur et le moins restrictif, et également sur ce retrait face aux principes de la société.» 

Dans leurs simplicités radicales les œuvres de Journoux proposent une attention démesurée au concept d’adresse, cherchant à faire durer cette expérience en soi et chez l’autre. 

Le soir de l’exposition, la seule source lumineuse sera celle de la visionneuse de diapositives, projetant les phrases reçus au compte goutte ces derniers jours par notre ami. 


Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau