jeudi 2 juin 2016

Deborah Bowmann _ Ashtrays n°20 to 22

Une exposition Deborah Bowmann
28.04.16 - 28.05.16
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau 






Ashtrays № 20 to 22 from Fabian contemporary home on Vimeo.











Faites moi un cendrier
Pas tant utile
Je parle d’un cendrier
Une poubelle de fumeur
Je n’ai pas le goût des souvenirs 

J’aimerais qu’on prenne garde 
À l’entreprise
La compagnie
Il faut qu’il soit nécessaire 

Central de fumer
Comme dans le temps
Comme au pacifique
Fais moi un cendrier
Faites moi des cendriers
Vous êtes artistes non ?
Je passe commande
Allons
On ne va pas fumer à la fenêtre 

Il fait si froid
Allez à l’ouvrage
Et que prospère la compagnie. 

Ce n’est pas la première fois que Deborah Bowmann réalise des cendriers. Détenir un cendrier signé Deborah Bowmann c’est s’assurer du savoir-faire reconnu d’une société présente depuis 2014 dans le secteur des sculptures pour appartements entre autre, et dont la réputation n’est plus à faire. Experts dans le domaine, ils proposent aujourd’hui une gamme plus étendue de leurs modèles de cendriers, faits sur-mesure, s’accordant avec justesse et harmonie à l’esthétique de l’appartement Fabian. Désignés par Deborah Bowmann, les cendriers sont des objets de luxe. De véritables bijoux, coloris gris. Dans sa version standardisé, le cendrier à usage domestique, généralement mobile et décoratif est un récipient destiné à recevoir les cendres du tabac. Deborah Bowmann propose ici trois Ashtrays pour trois usages différents (adaptés au bureau, au salon, et à la cuisine), comme trois variations d’une même mélodie. Deborah Bowmann, synonyme de produits de qualité élaborés dans le cadre d’une recherche esthétique sans commune mesure. Inutile de rassurer le consommateur concernant la fiabilité et la longue vie du cendrier, les matériaux employés étant spécialement conçus pour résister à la chaleur de la cigarette. En toute assurance, le fumeur peut négligemment laisser sa clope griller sur le rebord. Il y a des produits qui nous changent tellement la vie que l’on se demande pourquoi on ne les a pas inventé plus tôt. C’est le cas des Ashtrays n°20 to 22. Une véritable révolution dans le milieu des cendriers : laisser de côté ses habitudes, et cendrer dans une simili maquette architecturale. Il n’y a que Deborah Bowmann pour arriver à un tel résultat. Difficile de faire plus moderne. Il y a chez ces génies du design une approche toujours ludique, très technique et également novatrice. Des Ashtrays comme des «mini architectures pour paysages domestiques». Implantés dans un décors domestique, ces constructions dressent une série de sublimes tableaux : des mini-villa avec vue à couper le souffle sur le salon Fabian. Détenir un cendrier est une mode, un geste social et un moyen d’intégrer la société. C’est le produit que l’on achète pour affirmer une attitude ou tout simplement pour se faire du bien. Que l’on soit fumeur ou non, posséder un cendrier Deborah Bowmann permet de faire remarquer son allure distinguée. En un clin d’œil, recréez chez vous une atmosphère raffinée grâce aux cendriers Deborah Bowmann. Il est si facile d’afficher son style avec les Ashtrays n°20 to 22. Réalisation hors pair. Sophistication des formes. Nous pouvons parler de perfection. 

Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau 

Design Deborah Bowmann, plusieurs dimensions, prix sur demande.
les conceptions
Ashtrays 20, 21 et 22, sont propriétés de Fabian Home. Pour commande personnelle d’autre produits de la gamme, contacter directement Deborah Bowmann. Deborah Bowmann : Ambiguité perpétuelle entre sculptures promotionnelles marquées et oeuvres d’art signées (exemplaires uniques d’une gamme de produits bien plus vaste). 


everything is for smell


une exposition Fabian Home Contemporary
par Ludovic Beillard et Coraline Guilbeau  

In Heat Company - After Howl Studio

Fabian présente everything is for smell dans un espace conquis par Horrible Bise, curaté par Deborah Bowmann, et où Fabian entends bien défendre sa couleur.

Ici, tout est différent. Ici, Fabian ne présente personne d’autre que Fabian. Fabian by Fabian en somme.

Heat Company sur Art Viewer




Lui là, c’est le plus sensible. Le plus intime aussi;
Si il nous émeut, c’est parce qu’on l’a déjà senti.
Il cherche à faire éclater les facettes.
Il n’est pas conventionnel. C’est un insaisissable au caractère affirmé, un impertinent libre d’esprit et indépendant.

Une peau animale, une attitude câline, une fièvre, à mi-chemin entre le cœur et la raison,
une odeur de poulet,
une charmante compagnie.

Une fumée.
Capiteuse,
audacieuse,
ardente,
chaude,
distinguée,
délicate,
éclatante,
enveloppante,
arrondie,
cuirée,
insidieuse,
nuancée,
ambrée,
boisée,
résineuse,
fruitée, autre que citron, brûlée,

enfumée,
fauve,
riche de promesses,
caressante et musquée,
mettant davantage l’eau à la bouche.


D’où ce sentiment de bien-être et de protection quand elles font corps avec la peau et nous enveloppent d’une invisible bulle.
Fabian Home Contemporary est un projet curatorial à mi-chemin entre espace d’exposition et collection d’art contemporain, ayant débutée sur une étagère. Chaque mois, Fabian passe commande à un artiste d’une œuvre pour son appartement. 

Ici tout est différent. Ici Fabian ne présentera personne d’autre que Fabian. Fabian by Fabian, for us by us, en somme. C’est ainsi que Fabian a répondu à l’appel d'After Howl et présente everything is for smell dans cet espace conquis par Horrible Bise, curaté par Deborah Bowmann, mais où Fabian entends bien défendre sa couleur.

Nous avons laissé les garçons s’installer, nous les avons laissés marquer leur territoire, au sens propre comme au figuré, nous les avons plus ou moins dédaignés, puis, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait comme une certaine attirance pour ce groupe de rock qui n’en est pas un, pour ces trois perruques blondes. 

L’odeur d’urine, l’attrait de Fabian pour le design personnalisé, l’excentricité rock, l’image publicitaire d’Horrible Bise, et les étagères, il ne sera pas question d’autre chose que de cela.

Fabian vous offre ce bouquet unique : étagère, odeur et surtout couleur. Tout nous ramène donc à la maison puisque c’est là que l’on se sent le mieux. On le sait bien, les punks peuvent bien prôner la révolution, il n’en reste pas moins qu’elle ne commencera pas demain, ni hier, le changement commence ici maintenant. 


Le changement commence à la maison comme le dit le slogan de Fabian, Change begins at home ! 

Alors, nous allons dévisser les étagères et les ramener à la maison. Ces étagères mauves qui ne tiennent plus bien droit, qui ne ressemblent plus à grande chose. 

On ne sort pas indemne du passage d’Horrible Bise. 


Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau

vendredi 11 mars 2016

Cyril Debon_Pots and pans all spick and span

Une exposition de Cyril Debon
11.03.16 - 31.03.16
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau  













































Pots and pans all spick and span from Fabian contemporary home on Vimeo.



Pots and pans all spick and span sur facebook





















Chaque année, au mois d’août, les parents de Sophie s’offrent deux semaines de retraite dans leur maison de campagne en Dordogne. Des semaines pendant lesquelles la ville où ils vivent le reste de l’année laisse oublier sa perversion et son rythme haletant au profit du calme maternel de la nature. Les journées sont longues, et les parents de Sophie, dans une insouciance typiquement estivale, laissent à leur petite fille de huit ans la liberté d’évacuer toute l’énergie caractéristique des enfants de cet âge. Elle court, elle chante, elle joue avec les animaux. Caresser les poules, lancer la balle des chiens. Il arrive qu’une coccinelle vienne se poser sur son doigt pour y faire sa toilette, et d’autres fois elle reste simplement assise dans les champs de fleurs, à regarder les papillons se lécher les couilles. 
Sur le papier, on peut très bien vivre dans la déviance sans emmerder personne. Si on aime renifler l’odeur de son cul, et du moment où on ne force personne à la partager, il n’y a pas, à priori, de raisons valables pour qu’on nous contraigne à en arrêter la pratique. Cela dit les bien-pensants se font toujours un combat personnel de vouloir ramener à la normalité quiconque aurait l’indécence d’avoir des envies qui s’en éloignent. C’est par exemple le cas chez les papillons à grosses couilles. 
Cette espèce de papillons, découverte en mille huit cent quarante- quatre par l’entomologiste Jean-Henri Farte, a mis au point une technique bien particulière pour se nourrir, basée en grande partie sur les échanges entre les membres de l’espèce. Chaque individu passe ses journées à chercher des sources de nutriments sur lesquelles il ira poser ses grosses couilles. Par effet de capillarité, ces nutriments seront absorbés par les poils de couilles où ils resteront stockés, à la manière d’un garde-manger. Lorsqu’un spécimen désire se nourrir, il doit aller à la rencontre d’un autre individu, et lui prélever ces nutriments par le biais de sa langue, dotée d’un grand nombre de terminaisons nerveuses grâce auxquelles, en sus de la nourriture contenue, il récoltera chimiquement des informations précises et propres à l’individu dont il est en train de lécher les grosses couilles (de la même façon que les chiens s’identifient à l’odeur). Ces échanges d’informations jouent un rôle primordial dans le développement de l’aspect social de cette espèce, chez laquelle on a pu observer la présence de liens d’amitiés entre plusieurs spécimens. 
Mais Abraham était différent des autres, il le savait depuis longtemps. Très conscient de son devoir civique, il posait ses couilles partout où il le pouvait avec la plus grande rigueur. Pour s’assurer que tous ceux qui viendraient le lécher repartent rassasiés. Mais lui, de son côté, n’avait jamais beaucoup apprécié devoir lécher des grosses couilles quand il avait faim. Un jour, avec beaucoup de honte, il avait découvert combien il préférait le parfum des fleurs à celui des testicules de ses congénères. Il avait peu à peu abandonné une pratique au détriment de l’autre, et ce en le cachant du mieux qu’il le pouvait. 
« - Eh bien Abraham ? Tu as perdu l’appétit ? Tu nous ferais pas une dépression ? »
On s’inquiétait de ne jamais le voir lécher de couilles.Très sérieux dans sa collecte de nutriments, il était rapidement devenu populaire au sein de sa communauté. Beaucoup de papillons le connaissaient, et savaient à quel point on se régalait en allant déjeuner entre ses pattes. Ses phéromones étaient connues de tous. À l’inverse, Abraham demeurait enfermé dans sa solitude en ne léchant les couilles de personne. Il voyait tous ces papillons voleter de toute part, mais n’en connaissait aucun. Il n’avait que les fleurs en guise de compagnie, elles qui restaient si désespérément muettes à ses tentatives de dialogues. Il était déjà très malheureux le jour où Sophie lui arracha les ailes dans un élan destructeur caractéristique des enfants de huit ans. 

CI-CONTRE
- Abraham se délecte d’une tulipe en prenant soin d’être caché de tous.
- Gravure biblique mettant en scène la double vie d’Abraham
- Abraham déflore pour la première fois
- Abraham subit les tentations florales pour la première fois, bien avant qu’il n’y cède définitivement
- Abraham parmi toutes ses conquêtes, lesquelles ignorent tout de lui - Abraham dans la luxure
- Abraham langoureux 


Hector Latrille



Depuis toujours, quand Fabian arrive à son domicile, les clefs sont jetées sur le comptoir, ou glissées au fond d’une poche. Partir devenait compliqué, impossible de remettre la main sur celles-ci. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, Cyril Debon a conçu pour Fabian un accroche-clef mural. 

Pas de quoi s’enthousiasmer outre mesure cela dit. À l’image de toute la démarche artistique de Cyril Debon, cet accroche-clef mural ne remporte pas la palme de l’intérêt. Une oeuvre à l’image de son innocence et de sa bêtise. 

L’exposition Pots and pans all spick and span présente ainsi l’accroche-clef mural en question et une série de propositions réalisées en déclinaison de la commande passée. 

Les clefs de Fabian seront désormais suspendues à un crochet fixé sur un support rectangulaire en résine. Sur ce même support, on trouve scellés deux porte-savons rotatifs (assortis de ces somptueux savons jaunes odeur citron), ainsi que l’empreinte d’une petite grenouille. S’ajoute à cela une sculpture composée des mêmes matériaux que celle de l’accroche-clef : rectangle de résine (sur lequel est peint une scène caractéristique des images que l’on retrouve dans la peinture de Cyril) et un porte savon. L’exposition présente également une série de papiers de chine tendus, imprimés d’un motif de papillons peints. Enfin, Hector Latrille propose un texte écrit suite à l’envoi que Cyril lui a fait des dessins préparatoires pour les peintures représentant un nuage de papillons. 

Ainsi, tout semble s’être construit sur un enchaînement logique de formes, permettant de produire des échos entre elles. Cet accroche-clef mural est, nous l’avons vu, composé d’un porte savon et de l’empreinte d’une grenouille (batracien que l’on peut retrouver ponctuellement dans les peintures de Cyril, bien souvent personnifiés). Dans le clip Love is all tiré de l’album The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast, c’est bien une grenouille qui joue le rôle du ménestrel, incitant en musique les autres animaux à le rejoindre. C’est avec une certaine évidence que le motif du papillon s’est présenté à Cyril comme une forme à étudier, devenant dès lors, le motif principal de ces peintures suspendues, puis le héros d’une histoire écrite par Hector Latrille. Logique encore, le dernier porte-savon restant inutilisé, il s’est retrouvé sur la sculpture pour salle de bain. 

Dans les peintures de Cyril, beaucoup de personnages (que ce soit des amis représentés ou des autoportraits) apparaissent «en situation» (Facebook gurlz, Teddy Coste au Japon, etc.). Dans Have you ever had a dream? (2013) et No David, they are not (2013), les peintures sont mêmes augmentées d’un mécanisme technologique permettant de les animer (balaiement du regard et tablette tactile opérative). La plastique des corps y est bien souvent sur- valorisée, exagérée, la musculature particulièrement développée, comme si la tête de ses personnages avait glissée sur des corps ne leur correspondant pas. Voir à ce propos Gaillard oversized (2013) ou You’re beautiful when you don’t talk (2014). C’est potache, on n'y croit pas un seul instant. 

Candide, Cyril Debon semble chercher un apprentissage superficiel de la jouissance (ce qui excite la convoitise, le désir amoureux, la concupiscence charnelle) avec une telle innocence que cela en deviendrait presque attendrissant. 

Sa naïveté enfantine le conduit à concevoir des ramettes de papier dont le quadrillage a priori normé est ici désaxé du modèle standard, incitant l’écolier à écrire de biais (Papier canaille, 2014). 

Encore une fois, rien d’étonnant à ce qu’il se soit spontanément tourné vers un porte-savon classique des écoles ou des collectivités. Qui plus est, aujourd’hui, le savon mural rotatif revient en force, et c’est d’un sacré chic que d’en installer un dans sa salle de bains.
«Faire rouler le savon sur vos mains mouillées, frotter les jusqu’à obtention d’une mousse, puis rincer avec de l’eau claire.»
Nous l’avons compris, si connotation sexuelle il n’y a pas, Cyril Debon ne s’y arrêtera pas. 

Filant cette logique élémentaire et ingénue, il en vient à concevoir en 2014 des Pochettes surprises (toiles enroulées en forme de cornet contenant une série d’oeuvres authentiques d’artistes divers), les pièces artistiques devenant des «surprises» découvertes après l’ acquisition du support qui les contient. 

Sur ses pochettes surprises, les personnages (qui pourraient être issus de l’univers du contes de fée) que Cyril représente, s’affichent dans des scènes stéréotypées qualifiées de «romantiques» (mais nous préférerons le qualificatif de mièvre) et poussées à l’excès dans le cliché. 

La «sculpture pour salle de bain» comme il l’appelle, en est un parfait exemple : une femme caresse la jambe nue de l’homme-étalon dans son dos qui, regard au loin, affiche un air imperceptible et déterminé. Tous les personnages de Cyril posent, comme s’ils avaient déjà conscience de l’image qui sera renvoyée d’eux une fois la toile peinte. 

Les personnages peints ont-ils conscience de la niaiserie de leur représentation ? Chacun d’eux faisant bien souvent l’étalage d’une de leurs qualités pour se faire valoir et attirer l’attention sur eux-même. (Gaillard oversized (2013) ou You’re beautiful when you don’t talk (2014)). 

The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast est le titre d’un album produit par Roger Glover en 1974. La chanson Love Is All, de par sa récupération médiatique à différents niveaux et sur différentes périodes de temps l’a transformé en un tube universel et intemporel. Selon toute vraisemblance, l’enfance de Cyril a été fortement marqué par ce clip animé et cet album puisqu’il en garde des stigmates profondes aujourd’hui, perceptible dans le choix de ce titre d’exposition. 

Le titre de l’exposition reprends en réalité les premiers vers de la chanson Saffron Dormouse and Lizzy Bee, troisième titre de l’album The Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast

Dans le clip animé Love is all, divers animaux se rassemblent dans une parade joyeuse et hétéroclite, tous emportés par la musique entrainante, dans une fièvre à caractère humaniste. Historiquement (au XVIIIe), dans l’art dramatique plus particulièrement, la parade désignait une courte pièce, à caractère grossier, adressé à un public restreint. Un siècle plus tard, elle fut comprise comme l’expression désignant une pièce plus que médiocre : ratée. 

Question blague superficielles et premier degré, Cyril excelle en la matière : sur la grande toile suspendue, la jolie fleur joue la timorée comprenant qu’elle va se faire chatouiller par la horde de «papillons à grosses couilles» qui l’entoure. Sans doute est-elle à comprendre une fois de plus, comme l’image de la cérémonie précédant l’accouplement. 

Tendre ? Mignon ? Puéril. 

Avec les oeuvres de Cyril Debon, on ne peut que être déçu, il serait bien illusoire de s’attendre à mieux de sa part. Dans une installation-performance datée de 2014, Cyril Debon demanda à Hector Latrille de tenir une permanence dans l’Hôtel du Pavillon de Bordeaux et de rédiger à cette occasion un texte (texte écrit sur le fameux Papier Canaille). 

Cette expérience est plus ou moins reconduite, à des degrés divers pour l’exposition Pots and pans all spick and span, puisque Hector Latrille a été invité par Fabian a rédiger un texte poétique sur une manière d’entrer dans les toiles de Cyril. 

Par une anodine conversation avec Cyril, on mesure assez rapidement à quel point ses idées sont bancales, maladroites et puériles; la suffisance visuelle ayant remplacé l’étude des enjeux que ses formes proposent. 

Cyril est fragile. C’est un être sensible. Il à l’air d’être particulièrement affecté par le regard que l’on va pouvoir porter sur son travail.
On ne peut que regretter le fait que ces formes proposées, séduisantes au prime abord ne soient que la représentation simpliste de sentiments et rapports humains plus complexes. Cette nouvelle installation révèle de manière évidente l’incapacité de Cyril Debon à déterminer sa position au vu du champ exploré et son absence de réflexions nouvelles à apporter sur le sujet. 

Loin d’être convaincu par tant de bêtise, le spectateur pourra malgré tout apprécier le cadre agréable qu’est l’appartement Fabian, s’enrichissant chaque mois par ses dernières acquisitions, et offrant par ailleurs, une vue imprenable sur le quartier Saint-Boniface. 

Cyril Debon semble chercher à comprendre le sens de ses réalisations. Ça tombe bien, nous aussi. Aujourd’hui, il doit se sentir bien seul. Et bien, nous ne chercherons pas à le secourir de ce naufrage dans lequel il semble se complaire.


Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau

samedi 30 janvier 2016

Julien Journoux _ Julien Journoux chez Fabian

Une exposition de Julien Journoux
29.01.16 - 03.03.16
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau  


JULIEN JOURNOUX CHEZ FABIAN from Fabian contemporary home on Vimeo.











On a demandé à Julien de faire une lampe.

Ce n’est pas tout à fait vrai, on lui a demandé une lampe et une danse. La lampe c’est l’objet que Fabian avait commandé à l’artiste comme chaque mois cette saison. La danse c’est purement personnel, la danse c’est Julien, et la danse elle aurait suffit comme exposition si chez Fabian on avait pas besoin d’objets.

Julien Journoux, une danse qui dépasse le rythme, une envolée, un excès de grâce, quelque chose qui termine mal à coup sur. L’assistance n’était pas préparé, l’assistance n’est jamais prête a recevoir la danse et le rythme n’est qu’un lointain souvenir.
Ne me parle pas de chorégraphie, je te parle de danse. 

À deux semaines de l’exposition, Julien n’avait fournit ni lampe, ni danse. On s’est inquiété, on s’est même dit qu’on allait annuler, que ça n’avait pas de sens. C’est alors qu’on reçu un mot dans la boite au lettre de Fabian, un mot qui nous narguait mais qui n’expliquait rien, puis un deuxième, un troisième, une dizaine, toujours pas de lampe... J’ai appelé Julien en insistant, j’avais besoin d’une lampe pour la cuisine. Il a répondu que la lampe c’était ces mots.
Je me suis retrouvé comme un con, Julien avait contourné la règle.
Je l’ai rappelé à nouveau et j’ai tenté d’insister du côté de la danse cette fois ci. Si julien ne voulait pas produire de lampe alors il voudrait surement danser, on allait pas seulement imprimer ces mots sur des feuilles de papier et dire que c’était une danse, et dire que c’était une lampe.

Danse, danse à nouveau comme tu l’as fait il y a un an au milieu du salon, danse encore, captive l’attention des cuisiniers de l’Ultime Atome, arrête les passants de ton pas. Danse encore mon beau, danse encore pour moi. Julien a continué a m’envoyer ces mots, une cinquantaine. Il m’a dit qu’il ne viendrait pas danser, qu’il fallait que je fasse avec ses exigences aussi. À quelques jours de l’exposition, j’ai reçu sur ma boite mail personnelle une vidéo où l’on pouvait voir Julien danser dans son appartement. 

Depuis, je tente d’apprendre les pas pour vous faire cette danse. Aucune danse ne suffira à vous livrer Julien Journoux.

Une fête de trois jours ça se prépare à l’avance. 

L’exposition Julien Journoux chez Fabian s’articule sur plusieurs niveaux et présente à cet égard une collection de diapositives projetées sur l’une des fenêtre de l’appartement, couplée à une danse. 

Pour la première fois, chez Fabian, pour célébrer l’arrivée de la nouvelle acquisition de la collection, les règles changent. Le rdv que nous promet Julien Journoux a affaire avec l’idée d’une expérience.

Lors de l’exposition, il y aura tout autant à voir à l’intérieur qu’à l’extérieur (si ce n’est plus) de l’appartement Fabian.
Depuis l’extérieur, sur la fenêtre qui porte habituellement le nom de l’artiste exposant pour le mois, sera projeté par diapositives, les cinquante messages reçus ces derniers jours. Ces messages adressés personnellement à Fabian se destinent dès lors à l’ensemble du quartier. 

Seuls, l’un après l’autre, les spectateurs entreront dans l’appartement comme on passe de la salle de cinéma à la cabine de projection, pour découvrir le temps d’une minute dans la pénombre de l’appartement, l’interprétation dansée de l’une des phrases projetées.
C’est certain, danser seul dans son appartement peut assez vite mener à l’élaboration de mouvements s’apparentant au culturisme ou au fitness, activité domestique hautement dynamique s’il en est. 

Les fragments de phrases projetées ne sont pas à comprendre comme des énoncés, mais comme la collecte d’expressions glanées ces derniers jours au hasard de lectures, prélevées à la volées, parfois plus confidentielles, et bien souvent révélatrices d’une relation amicale forte entretenue entre Julien et son ami. 

Avec Julien Journoux, il est toujours question, au prime abord d’un rapport particulier à l’autre : l’autre à qui il décide de s’adresser, l’autre avec qui il tache d’entretenir un lien, l’autre à travers duquel il parvient à éprouver la relation, comme un rapport entre deux tonalités. 

Dans Le différant en question (2012) par exemple, Julien et son ami Thomas sont assis l’un en face de l’autre, aux extrémités d’une balançoire à bascule. Pour conserver l’équilibre de leur position, ils doivent à tour de rôle s’avancer ou s’éloigner l’un de l’autre. La performance s’achevant par l’épuisement de leur capacité de résistance. 
 
À plusieurs reprises, Julien s’est intéressé aux possibles de ses relations affectives par le biais des divers moyens de communications mis à sa disposition. Pour l’exemple, séparé de son amie Leslie par plusieurs km durant quelques mois, ils se sont échangés une soixantaine de lettres, à raison d’un envoi par jour (par réseau postal). Y est lisible alors l’interrogation des deux auteurs sur l’impact que peut avoir un pareil éloignement dans le maintien d’une relation, sur la possibilité de la nourrir, éventuellement de la rendre plus précieuse (Eugraphie, 2012). 

Julien Journoux s’en explique pour cela avec justesse :
« Cette relation qu’entretient l’homme à son semblable m’apparaît fondamentale. La relation d’amitié s’érige dans l’expérience de l’altérité, de l’être face à un autre, ce qui se crée dans cet intervalle n’est relatif qu’à ces deux êtres. Nous main-tenons cette affection mutuelle en cultivant cette intervalle, cet espace entre soi et l’ami. Au-delà de questions de générosité mutuelle ou du soin que l’on apporte à ses amis, je mets le langage au centre de leur connexion et l’habitude à dialoguer ensemble comme moyen d’élaboration de la structure amicale. La question de ce qui se produit dans l’entre, dans l’intervalle de la relation, est le lieu privilégié de mon raisonnement car c’est dans l’intervalle qu’apparaissent les connexions.» 

Pour suivre sur cette même logique, Temp(s) (2011-2012) est un bel exemple de défrichement et d’exploration de cet espace rencontré à deux dans l’intervalle. Cette édition consiste en la retranscription minutieuse de tous les sms que Ludovic et Julien se sont envoyés le temps d’un été, chaque matin, à propos du temps qu’il faisait au moment où ils arrivaient sur leur lieu de travail. Parler du temps qu’il fait peut s’avérer superficiel, mais c’est communément ce vers quoi on s’incline naturellement pour entamer une discussion. Pour Bye-bye (2013), il réalise trois cartes postales quasi identiques (la mention «bye-bye» déposée sur la photographie d’un ciel) qu’il distribue à trois de ses amis partant pour le Pérou. Les a t-il finalement reçues ? Leurs contenu l’a t-il satisfait, dérangé, déçu ? Nous n’en saurons rien. 

Julien Journoux est adepte des formes protocolaires. Depuis deux années déjà, chaque 18 mars, il sollicite l’ensemble des contacts de son répertoire téléphonique par un bref sms, les invitant à transmettre la photographie du ciel au moment et à l’endroit où ils se trouvent, en guise de cadeau d’anniversaire. Julien collecte ensuite les ciels reçus ce jour là, un geste lui permettant sans doute de restreindre la distance physique qui le sépare de ces autres auquel il tient. S’il est si attaché à l’ambiance climatique c’est parce qu’il a pleinement conscience que l’environnement qui nous entoure, quel qu’il soit, affecte considérablement nos expériences sensibles.

Amoureux des formes conceptuelles, de l’idée d’un retrait ou d’une soustraction plutôt que d’un ajout, les œuvres de Journoux ont ceci de commun que leur force et leur poésie se déploie dans quelque chose de ténu, sans doute proche de ce que l’on entends par infra-mince

Figure emblématique du retrait s’il en est, Bartleby a longtemps été objet de fascination pour Julien Journoux. En 2013, Julien prends sa plume et recopie mot après mot l’intégralité de la nouvelle de Melville, directement sur le livre de poche qu’il possède, après avoir au préalable effacé au Tipp-Ex l’original (Bartleby sur lui-même, 2013-2014). 

Là encore, il explique que cette posture d’effacement et de résistance (aux règles imposées) trouve sa pleine puissance dans cette intervalle animée par les amis :
« (...) l’amitié, cet espace que je désire voir comme l’espace le plus créateur et le moins restrictif, et également sur ce retrait face aux principes de la société.» 

Dans leurs simplicités radicales les œuvres de Journoux proposent une attention démesurée au concept d’adresse, cherchant à faire durer cette expérience en soi et chez l’autre. 

Le soir de l’exposition, la seule source lumineuse sera celle de la visionneuse de diapositives, projetant les phrases reçus au compte goutte ces derniers jours par notre ami. 


Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau 



samedi 12 décembre 2015

After Howl _ 75. Choses qui n’offrent rien d’extraordinaire au regard, et qui prennent une importance exagérée quand on écrit leur nom en caractères chinois¹

Une exposition de After Howl
17.12.15 - 26.01.16
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau 






After Howl from Fabian contemporary home on Vimeo.



 75. Choses qui n’offrent rien d’extraordinaire au regard, et qui prennent une importance exagérée quand on écrit leur nom en caractères chinois¹ sur facebook









Une cascade de soja dans un appartement. 

Cette cascade, c’était l’élément indispensable qui manquait à l’habillement de l’appartement Fabian contribuant à la mise en place d’une ambiance détendue, harmonieuse, sans nuage. Le circuit est continu et le bruit du soja offre une multitude de sonorités, des timbres différents et des intensités variées suivant la forme et la force de son écoulement ou de son claquement. Les tensions sont évacuées, l’âme est en paix. 

75. Choses qui n’offrent rien d’extraordinaire au regard, et qui prennent une importance exagérée quand on écrit leur nom en caractères chinois1, présente un service d’assiettes, au nombre de cinq, insérées dans une structure réalisée en baguettes chinoises. 

La structure évoque celle d’un échafaudage -à l’équilibre fragile- à la limite une pièce montée. Montées sur pilotis, les assiettes (devenues alors plateaux) se chevauchent pour permettre à la sauce soja de circuler de l’une à l’autre : une cascade est née. 

Rentrons dans les détails. Ce service de cinq assiettes n’est pas identique, chacune d’elles se distinguent les unes des autres par le creusement effectué dans le matériau. Elles sont carrées. Épaisses. En bois. Sculptées dans l’hévéa. Décorées. Non pas peintes, mais gravées. 

Le creux de chaque assiette occasionne la construction de paysages miniatures. On pourrait presque y chercher des montagnes, des canyons, des vallées, dans lesquels on se plairait à voir circuler un court d’eau, ici substitué par de la sauce soja, les assiettes se transformant alors en bassin de réception. La cascade ruisselle sur plusieurs niveaux, sans débordement. 

Selon un proverbe japonais, l’eau prends toujours la forme du vase. Ici, le soja creuse le bois pour y souligner son lit. 

La comparaison à une structure supportant des montagnes russes infiltrées dans la jungle ne pourrait presque pas être si insensée que cela. Chaque baguette -devenues poutres- permet la bonne tenue de l’ensemble. En soustraire une et c’est risquer de provoquer un effondrement. 

En haut du circuit, le soja coule depuis une petite sculpture en forme de gradin bleu rappelant l’identique et pour autant bien plus imposante structure que le collectif avait réalisé à l’aube de ses premières productions. En bout de course, le soja est recueilli dans un récipient, avant de renouveler son circuit. Sur le support en bois de ce bassin de récupération, est inséré une case contenant un petit feu sculpté. Le feu, le foyer, les flammes, le chalumeau, la cheminée ou toute chose qui pourrait produire un embrasement est là encore, une image que l’on retrouve assez régulièrement dans les pièces d’Alter Howl. Il faut dire qu’au studio, le chauffage est une illusion qu’il soit peint, sculpté ou gravé. 

Ainsi, de manière relativement récurrente, des détails resurgissent, ré-interviennent dans leurs nouvelles productions, permettant de lier astucieusement chacune de leurs pièces et de les faire entrer dans une histoire plus vaste qui les porteraient. À tel point que ces éléments a priori anecdotiques en finissent par acquérir une autonomie propre et une qualité d’événement manifeste. 

À l’exemple des titres de leurs précédentes expositions, devenus de réelles sculptures dans une installation exposés en ce moment même à Gand (RenderTime, In De Ruimte, Ghent), et déjà visibles dans l’installation Collection, à Brussels Art Department. Les lettres de bois composant les titres ont été coulées dans de longues plaques de résines transparentes, et se présentent verticalement, comme des signes-totems. 

À cet effet, on peut observer sur la tranches des assiettes, une frise pyrogravée remettant à l’honneur des éléments devenu quasi emblématiques (du moins représentatifs ou symboliques) de précédents projets du collectif. Celle-ci semble dresser une généalogie de leur histoire commune où chaque exposition participe à la construction d’un mythe ou d’une légende. 

Étant donné l’intérêt que porte Fabian à la contextualisation de sa collection, et l’intérêt porté par After Howl pour les bons repas, leur adresser une invitation à composer un service d’assiettes semblait relever de l’évidence.

Une analogie stylistique entre formes sculptées et formes cuisinées peut se remarquer. Faire la cuisine et partager un repas en tant que fonction sociale certes, mais en tant que convocation des énergies surtout. After Howl le revendiquent eux-même : sur un terrain de jeu idéal, on trouverait «de la matière pour faire des formes, des formes pour faire de la matière, de la nourriture à sculpter, des sculptures à manger.» 

Ici, l’ambiguïté demeure : les assiettes adossées à la structure, assignées à une nouvelle fonction donc, conservent la possibilité, une fois l’exposition terminée, de rejoindre le service d’assiettes (plus traditionnelles) de Fabian. 

Ces assiettes discutent du statut qu’elles sont censées manifester en ce qu’elles se transforment en marches, assurant dès lors le bon fonctionnement d’une installation plus complexe. À la fois assiettes pour manger, et éléments substantiels d’une sculpture. Deux en un. 

Dans la même idée, les couverts (baguettes chinoises) ne permettent plus de manger, en ce qu’ils soutiennent les plateaux (assiettes). 

After Howl s’éloigne d’une conception des objets en terme de besoins utilitaires qui donnerait la priorité à leur valeur d’usage. Le statut fonctionnel de l’objet auquel nous pensons de prime abord ne lui est ici pas assigné, ou tout du moins, c’est sa permutabilité qui est mise à l’honneur. La satisfaction du besoin est relégué au second plan, ou pourrions-nous dire, à un deuxième temps. 
 
Comment entendre qu’un objet d’art ne soit pas autre chose qu’un simple objet ? Et, par ailleurs, de quelle manière comprendre qu’une œuvre d’art puisse n’être qu’une chose ? Cette exposition conduit un questionnement rigoureux sur l’objet dans l’art et plus précisément sur l’objet comme œuvre d’art. 

Il est vrai, dans un jardin zen japonais, chaque élément est intégré en fonction de sa signification et de son harmonie avec le reste du jardin; une donnée éminemment cruciale pour Fabian, qui s’attache à opérer de la sorte lors de l’aménagement décoratif de son intérieur. 

After Howl pense pour Fabian, l’intelligence des formes couplé à une note de Feng-Shui, considérant avec beaucoup de sérieux l’harmonie apportée par l’équilibre des forces et la circulation des énergies. 

Pour éviter les nœuds d’énergies négatives dans son foyer, il est conseillé de respecter certaines règles. Concernant les fontaines et cascades domestiques, le Feng Shui nous invite à canaliser le flux : le courant ne doit pas être trop rapide et doit suivre un chemin sinueux plutôt qu’un tracé droit. 

Étonnamment, la viscosité du soja transforme le ruissellement de l’eau (habituellement attendu) en une nappe dense, assurée et silencieuse. 

À présent nous pourrions nous demander quelles sont donc ces choses qui n’offrent rien d’extraordinaire au regard, et qui, pour autant acquièrent une importance démesurée une fois leur nom écrits en caractère chinois ? 

Le titre de l’exposition d’After Howl chez Fabian Home Contemporary, est à l’origine issu d’un ouvrage japonais intitulé Notes de chevet et rédigé au XIes. par Sei Shōnagon, dame d’honneur de la princesse Sadako (civilisation de Heian). Shōnagon y a listé, énuméré et collectionné un ensemble de notes intimes, illustrant ses impressions et sentiments à propos du monde ou de détails du quotidien. Des catégories remarquablement justes et subtiles y sont dessinées. À titre d’exemple : 
54. Choses que l’on entend parfois avec plus d’émotions qu’à l’ordinaire. 
77. Occasions dans lesquelles les choses sans valeur prennent de l’importance.
132. Choses qui ne font que passer. 

Tout doit circuler, tout doit être fluide. Rien n’est immuable, rien n’est figé, tout est en perpétuel mouvement. 

Il va sans dire que la cascade décorative, par le bercement de son ruissellement saura apporter quiétude et sérénité dans le foyer Fabian. 

Un filet de soja suffira pour alimenter un ruisseau. 

Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau

lundi 30 novembre 2015

Bastien Cosson _ Café, croissants, **** ** ****

Une exposition de Bastien Cosson
03.12.15 - 17.12.15
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau


Café, croissants, **** ** **** from Fabian contemporary home on Vimeo.



D’ un instant rare.
Il est dur d’écrire aujourd’hui
il est dur mais je dois
je dois te convier à la fête
en toute simplicité,
une peinture tonique
peps
on a beaucoup parlé,
et on parlera beaucoup
on ne fait que parler
mais viendras-tu
y viendras-tu à la terrasse
boire un café sur le perron,
c’est un accent qui se faufile
un accent qui chante
quoi d’autre
c’est déjà beaucoup
Bastien,
la peinture,
un accent
Bastien la palette
la terre la palette
la palette terre
et c’est la vie qui s’immisce
le mec te raconte une histoire à rallonge tout cela c’est un prétexte
mais c’est là on se met à la fenêtre
on discute,
tu me sers une poire,
tu me fait goutter ta prune
ton cava
ton patxaran,
ton peps,
ta petite eau de vie du placard.
À Montréal, dans la petite Italie,
j’ai bu des cafés serrés
et pourtant la neige, on taille le bout gras, la puissance,
c’est dur d’écrire
c’est dur ce matin
alors je lâche ma plume ma prose
La vue est sublime
soleil levant
C’est un bosquet,
un fourrée
un amuse-gueule
Parfois en décembre
j’y trouve des morilles plus souvent des cèpes avant que ne vienne le gel.
Le sol est sableux,
juste ce qu’il faut
en dessous de la mousse épaisse
onctueuse, vert profond
Dès que j’ai l’occasion,
je fais monter le chien à l’arrière du break
charme intemporel
La faute est mise sur l’accent,
J’accuse le coup,
j’insiste sur le perron,
sur la terrasse
ou plutôt juste après quand je suis repu
me dirige vers une sieste,
rempli des histoires du midi
Dimanche, j’ouvrirai une galerie de peinture à la maison je te paierai le café,
La vue est splendide
Café, croissants **** ** ****.
Bastien Cosson est un ami,
c’est un artiste,
c’est un peintre,
c’est un galeriste,
le dimanche,
c’est un beau parleur,
c’est un châssis,
c’est une palette,
Bastien vous propose son exposition chez Fabian,
Café, croissant, **** ** ****
encore une manière de commenter les événements
j’ai envie de te dire,
on ne fait que ça. 


Bastien Cosson pratique l’art de la peinture. C’est à dire qu’il produit des oeuvres de peinture, tout autant qu’il les expose. 

En janvier 2014, il transforme l’une des pièces de son appartement parisien (orienté plein sud) en une galerie d’art contemporain n’y exposant que de la peinture et portant le doux nom de Palette Terre.
Il y invite ses amis peintres à y accrocher leurs oeuvres tout autant qu’il expose les siennes à certaines occasions. 


Le dimanche, Bastien Cosson ouvre les portes de sa galerie à un public d’amateur -qui aime donc- la peinture, ou tout du moins qui cherche à en saisir les subtilités, les particularités, les facteurs décisifs ou simplement à en déchiffrer les gestes.
Le dimanche, chez Palette Terre, on boit du café chaud dans un mug aux couleurs de la galerie. Le mug porte l’image de la palette, une palette reprenant l’image de la Terre.
Le dimanche, on vient chez Palette Terre pour y manifester un goût, y exprimer une valeur, y devenir acquéreur. Chaque mois, c’est un nouveau chapitre de l’objet Palette Terre qui s’écrit. 
Fabian a apprécié la finesse de cette démarche, distinguant des connivences avec son propre programme d’exposition, il s’est senti concerné par de telles préoccupations et l’a invité à exposer chez lui, dans son appartement bruxellois. Pour son exposition Café, Croissant, **** ** ****, Bastien Cosson a embarqué un morceau de Palette Terre avec lui, l’un des éléments non anecdotiques car devenu même symbole de sa galerie : le mug. À cette occasion, il lui en a dédicacé deux, presque comme s’il cherchait à mettre implicitement en place un tête à tête, une rencontre à deux, autour d’un bon café. 

Pour la première exposition de Palette Terre, Si vous voulez profiter du soleil, Bastien Cosson avait fait apparaitre de courtes phrases («le temps haletant», « Faire l’artiste pour faire de l’art») sur des toiles qu’il avait préalablement peinte. Ces messages, écrit avec une police de caractère rappelant celle de l’écriture manuscrite (identique à celle utilisée pour le logo Palette Terre) pouvaient être compris comme des dédicaces, comme le titre de potentiels ouvrages, comme des maximes ou des conseils adressés aux visiteurs, ou comme les fragments d’une chanson dont les paroles circuleraient d’un tableau à un autre.
Les mugs Palette Terre, étaient déjà là, installés sur le rebord de la cheminée; ils y occupaient d’ailleurs une importance quasi équivalente à celle des peintures accrochées au mur (c’est du moins ce que nous en montrent les images restituant l’événement).
C’est de sa main et de son écriture éminemment singulière, que Bastien Cosson signe ses toiles et dédicace les mugs qu’il offre aujourd’hui à Fabian. 

Les toiles de Bastien Cosson disent autre chose de la peinture, et sont donc différentes dans leur aspect, dans leur procédé de fabrication (en 2013, dans Seules les anguilles savent se perdre, ce sont ces poissons d’eau douce qui se chargent de jouer le rôle du pinceau) ou dans leurs manières d’apparaitre, de ce à quoi nous voudrions bien nous attendre. 

C’est avec beaucoup de lucidité, de jeu, et d’esprit critique que Bastien Cosson s’interroge sur ce phénomène qu’est l’art contemporain et sur les attractions périphériques qu’il occasionne.
Cherchant à déchiffrer la démarche d’un artiste au sein de cette sphère, il en vient à provoquer les événements et leurs manifestations, comme lorsqu’il décide, impatient qu’il est, d’exposer dans un salon lavoir : «Parce qu’il faut que j’expose pour être heureux, parce que je suis pressé, pas satisfait», pour
Café Croissant (2014), ou encore dans un bar/restaurant pour La peinture comme posture (2014). 

Fabian et Bastien partagent cette même philosophie : apporter le plus grand soin au service du café, synonyme de moments de détente, permettant de rapprocher les gens dans un cadre détendu, confortable et convivial. Moment rituel, voire cérémoniel. Un instant rare. 

Au petit déjeuner, un café noir ou au lait; plutôt corsé si au lait, plutôt délicat si noir. Croissants-tartines. Un cappucino pour l’après-midi. L’Irish coffee en suivant.

Mais là, c’est différent; là, on est chez soi, et on sert le café à quelqu’un qui vient chez soi; Et on se dit, tiens, tu viendras prendre un café ? 

Il est vrai, pour être agréable aux lèvres, la céramique ne doit pas être trop épaisse. Pour Fabian comme pour Bastien, selon le contenant dans lequel il est servi, le café n’a pas tout à fait le même goût, cela relève d’une évidence. Au delà de conserver bien mieux chaleur et arômes, l’avantage crucial que remporte ici le mug sur la tasse, c’est que lui, est dénué de toute soucoupe. 

Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau


samedi 21 novembre 2015

Simon Rayssac _ Je t'aime

Une exposition de Simon Rayssac
29.10.15 - 26.11.15
Texte de Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau









simon rayssac from Fabian contemporary home on Vimeo.







3 notes sur un vieux piano.
3 notes dans toutes les combinaisons possibles lors de cette soirée hivernale dans ce hameau.
On se retrouve là je ne sais pas trop comment assez vite dans la brume la nuit un bout de table les bouteilles de whisky un peu vides dans la pénombre éclairés par les lampadaires jaune incandescent, la température de la campagne ne change pas encore, Simon joue 3 notes lentement, il marmonne, considère encore les restes avant que je ne finisse par m’endormir sur un fauteuil en velours dans la cuisine.
Au matin, il fait froid et Simon n’est plus là mais il a pensé à me couvrir avec ma veste en cuir. Je l’imagine depuis son paquet de cigarette sans fond sur un chemin. Simon recrache toujours un peu de fumée avant de prendre la parole, il fume lentement sur ce chemin il fume toujours sur ce chemin tard très tard.
Puis je suis reparti sans vouloir conclure quelque chose sans vouloir étirer l’instant, sans vouloir dire au revoir. J’avais la gueule de bois j’ai bien dû regretter ce hameau pendant 4 heures sous cet abris de bus en pierre. Le soir j’ai dû manger des pates au beurre, quelque chose de simple. On finira bien par partir en vacances en Ethiopie ensemble Simon, pas dans un de ces trip « roots » en recherche d’authenticité avant de s’en retourner vers la vie active mais plutôt simplement car on m’a dit que la cuisine éthiopienne était délicieuse. Je nous imagine aussi bien là bas permets moi le fantasme de la terre cuite, on ne parlera pas beaucoup c’est promis et on ne fera pas de trip initiatique, ce ne sera pas forcément des vacances enfin si appelons cela des vacances après tout. 


Je t’aime par Simon Rayssac,
Une exposition comme une déclaration d’amour. Un profond sentiment qu’il serait sans doute difficile d’expliciter. Ça ne ferait sans doute pas sens.
Fabian était ennuyé, Simon a répondu à la commande qui lui a été faite. On lui a demandé de faire un vase pour les fleurs.
Le vase façonné par Simon est une oeuvre unique, non produite en série, c’est un contenant. 


Il est vrai qu’il a été touché qu’on lui fasse cette demande, parce qu’il est très sensible à cette idée d’offrir des fleurs;
Il est poussé par son désir et il est tellement pris par celui-ci, qu’il finit par rompre une barrière; s’il est animé et passionné c’est bien parce qu’il est pris par son désir. 


Simon, c’est le genre de garçon à se préoccuper de la saison à laquelle on est, pour offrir des fleurs. Là en l’occurrence, c’est un vase qui remplit sa promesse d’accueillir des fleurs, non pas un bouquet, mais une seule fleur, à la rigueur deux.
S’il n’y a qu’une fleur, alors les éléments sont solitaires, un socle, un vase, un jardiner, une fleur. 

Ici, c’est un chrysanthème solitaire qui occupe le vase réalisé par Simon. Chrysanthème qui vient du grec chrysos, or, et anthemon pour fleur. Fleur d’or donc. Ceci étant dit, les chrysanthèmes que nous côtoyons
aujourd’hui ressemblent peu a l’espèce d’origine se rapprochant eux davantage à l’état sauvage d’une marguerite. Le Chrysanthème était cultivé en Chine en temps qu’herbe florale et est décrite dans des textes remontant au XVème siècle avant JC. Comme herbe elle était sensée détenir l’énergie de la vie. 

Selon la légende, il y aurait un seul endroit au Japon où le chrysanthème ne pousse pas. Il y a bien longtemps vivait un noble dans un grand château plein de trésors. Il n’avait confiance en personne d’autre que sa servante, dont le nom signifiait chrysanthème, pour manipuler ou nettoyer ses biens. Un jour elle découvrit qu’une de ses dix inestimables assiette manquait. Incapable de la retrouver et craignant les foudres de son propriétaire elle se jeta dans un puits. Depuis, chaque nuit, son fantôme revenait compter les assiettes. Ses cris incessants concernant l’assiette manquante firent fuir le noble et le château tomba en ruine. Les habitants de la ville, ravis par son départ, ont ensuite refusé de faire pousser des chrysanthèmes en l’honneur de la servante. 

Par l’élégance et la beauté de son port, par la grandeur de ses fleurs, par l’éclat de sa couleur, le chrysanthème solitaire trouve une place distinguée dans l’espace Fabian. Tout proche de la fenêtre et du motif fleuri qui accompagne le vase.
Le vase suit la courbe de son support, ou de son pied. Un socle comme le pied d’un chandelier, presque aussi gros que le vase. Cette forme évoque celle de l’accolade, une accolade qui vient soutenir le vase.
Le vase réponds à l’usage qui lui est demandé. Celui d’accueillir les fleurs coupées offertes ou trouvées.

Comme le souvenir agréable d’un amour de vacances, un amour d’automne. Mais pas de raison d’être éconduit par son amour.
Il est vrai l’assimilation symbolique du cœur au vase et à la coupe remonte fort loin dans le passé. Déjà, dans la plus ancienne Egypte, le vase est le hiéroglyphe du cœur. Dans le druidisme, existait aussi quelque chose de tel et la coupe présentée par la jeune fille à celui qu’elle avait choisi, lors du repas de fiançailles, signifiait très clairement le don de son cœur.

Les trois éléments distincts (le vase en cire, l’accolade-socle et le jardinier) composant l’oeuvre Je t’aime semblent interdépendant les uns des autres. Il parait évident que l’équilibre obtenu n’est du qu’au partenariat entreprit entre ces trois acteurs : le vase ne pourrait conserver cette position couchée sans prendre appui sur l’accolade, qui elle-même ne pourrait tenir debout sans le renfort perpendiculaire généré par le pinceau du jardinier. 

Arrêtons-nous un instant sur le socle si caractéristique, en forme d’accolade. Cette accolade, c’est la marque de fabrique de Simon, sa signature en quelque sorte, tantôt motif, et ici même soutient du vase. Bien loin d’être un élément anecdotique, il permet, à sa manière de faire tenir l’ensemble.
Une accolade est généralement au centre, rassemble, ou se referme sur elle-même. Elle est structure en ce qu’elle délimite un ensemble d’un groupe, lorsqu’elle émet des classements, des regroupements, des
associations. Simon le dit lui-même, elles sont à voir comme un dispositif « pour venir ponctuer, accrocher, dissocier, rassembler, exclure ». Elle montre ce que les éléments regroupés ont de communs, ou d’analogues entre eux. Surtout, elle met en place un autre registre, à la limite d’un chuchotement, et sont souvent utilisées par paires, une ouvrante et une fermante.
De l’accolade comme signe de ponctuation à l’accolade comme geste amical et d’affection, il n’y a qu’un pas. À la recherche d’une forme qui viendrait peut-être cadrer ce trop plein d’affect. 

Comme par phénomène d’expansion, Simon construit des règles en papier qui reprennent ce motif de l’accolade et qui cadrent, sélectionnent et pointent le prénom de ceux qui peuplent ses lectures quotidiennes. Ceci dans l’optique de constituer une collection provisoire, sans doute fugace. Cette peuplade de nom, décontextualisés de leur page d’apparition, sont ceux avec qui il pense, au quotidien.
La mise en place d’une certaine amitié est ainsi remarquable lorsqu’il tente de nouer des serments lors de moments de convivialité ou d’invitations à collaboration avec d’autres artistes (Milk et Je regarde l’ours et l’ours regarde le poisson dans ma main). 

Qui plus est, ce n’est pas première fois que des personnages apparaissent dans l’oeuvre de Simon Rayssac. Bien souvent discrets, réduits, ils semblent pouvoir être manipulables (avec la main), tels des figurines miniatures à déplacer (dans l’idée du moins), car en réalité, la plupart du temps ils restent liés au support sur lequel ils reposent (comme l’argile chez Europeen Painters, les tiges de fer pour Dans le Rose, le pinceau qui maintient le jardiner à l’accolade pour Je t’aime).
Des personnages qui peuvent endosser un rôle, celui du jardinier encore au travail (affublé de son tablier), du peintre en blouse ou encore celui de l’assistant d’artiste.
Si parfois elles sont complètes, il arrive que des représentations humaines partielles viennent ponctuer l’oeuvre de Rayssac : dans
Ship Over, des formes de mains se détachent de la composition/structure dont elles sont issues par l’utilisation d’un autre matériau et d’une autre couleur. Dans ce même travail, ce qui se détache aussi, c’est la fameuse accolade, retaillée légèrement dans la forme. 

Une fois qu’on l’a cherche, on parvient presque à la retrouver partout cette accolade. Dans Les bonnes manières par exemple, l’accolade est visible et ressemblerait presque au dessin d’un oiseau ou d’une équerre qui permettrait de lier deux éléments entre eux. Celles-ci à ne pas voir donc comme la répétition d’une même forme, comme un motif se décalquant fidèlement et indéfiniment, mais plutôt comme l’image d’un écho, et peut-être nous donner cette sensation troublante que l’on appelle déjà-vu. 

Et quand il crée des personnages dont le nez a été remplacé par un pinceau, c’est pour, vous vous en doutez, peindre des accolades ! Ce qu’il appelle être ses horizons. 
Plus proche de nous, en 2015, des petits personnages en mousse sur socles faisaient face à des bustes accrochés au mur immergés dans un rose pâle qui recouvrait tous les murs.
Il y expliquait alors que cette exposition
Dans le rose soulevait des «problématiques existentielles liées aux sentiments amoureux, à la question du hasard, à celle des choix à faire, à ce qui s’impose à nous». 

Je vais allumer le feu, et vous, vous placez les fleurs dans le vase que vous avez acheté aujourd’hui.
Et puis, je vais fixer le feu des heures durant pendant que je vous écoute Jouez vos chansons d’amour toute la nuit pour moi, uniquement pour moi.

Venez à moi maintenant, et reposez votre tête pendant seulement cinq minutes, tout est bon.
Une telle pièce confortable,
Les fenêtres sont éclairées par le soleil du soir à travers elles,

Notre maison est une maison très, très, très bien avec deux chats dans la cour,
La vie était si dure,
Maintenant, tout est facile grâce vous,

Je vais allumer le feu, tandis que vous placez les fleurs dans le vase que vous avez acheté aujourd’hui. 

Qu’il soit en train de chanter, ou d’écrire de la poésie, Simon s’est souvent demandé ce qu’on voulait bien entendre par une oeuvre qui touche.
Je t’aime, c’est la formule la plus courante pour dire à quelqu’un qu’on l’aime. Au contraire des autres phrases, je t’aime beaucoup, est beaucoup moins forte que je t’aime.

Quel est le meilleur moment pour dire «je t’aime» ? Murmuré à l’oreille ou crié au milieu de la foule ? Il faut savoir penser ce sentiment. Il est certain, la tâche qui nous importe maintenant est de trouver le moment opportun. 

À compter d’aujourd’hui, l’exposition de Simon Rayssac est accessible au public pendant un mois. J’espère que vous aurez la chance de la visiter. 

Ludovic Beillard & Coraline Guilbeau